Voyageur Inspirant : Jean-Marie Séveno Photographe animalier

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Vous êtes le Voyageur Inspirant de mois-ci qu’évoque pour vous le voyage ?

Un mot me vient : Dépaysement.
Le voyage c’est le dépaysement, c’est sortir du quotidien, de son confort, se découvrir et découvrir de nouvelles contrées, dans le cadre de mon activité de photographe animalier et nature c’est aussi découvrir de nouvelles espèces.
Je pars dans cet esprit, trouver ce que l’on ne trouve pas par chez nous, se vider la tête, se couper des réseaux sociaux et de l’information. Pour moi voyager c’est être au rythme de la nature.

Dans quels pays êtes-vous allé ?

Ce qu’il faut savoir, c’est que l’idée de base n’était pas forcément de voyager, mais voir des animaux. Et c’est cette envie m’a amené à voyager, mon rêve premier était de partir en Afrique, j’avais acheté des livres, je me suis documenté prêt à partir et puis j’ai eu l’opportunité de partir en Finlande pour photographier des Ours brun. A partir du moment où j’eus goûté au grand Nord, j’ai attrapé le virus.

Il y a eu le Canada à plusieurs reprises, l’Alaska, l’Arctique pour voir les Ours polaire, ce sont mes régions de prédilections. Récemment je suis allé au Chili pour voir des Puma et en Himalaya également. J’aime les ambiances fraîches, et prendre mon temps durant les séjours pour me faire au rythme du lieu.

Vous êtes photographe animalier, comment êtes-vous venue dans cette voie ?

Par passion de la nature, dès l’âge de 7 – 8 ans j’étais dehors à observer, découvrir la nature, j’allais dans les réserves naturelles tout autour du Morbihan. Et petit à petit j’ai appris sur notre biodiversité et je l’ai partagé auprès de personne qui venait dans les réserves pour découvrir cette faune et cette flore. Ensuite j’ai voulu en savoir davantage, étudier cette nature, c’est ainsi que tout a commencé.
La photo est venue au fur et à mesure dans le désir de garder et ramener des souvenirs de ce que j’observais. J’ai commencé à acheter des appareils d’occasions lorsque j’étais encore lycéen avec mes petites économies, puis j’ai tenté d’en faire mon métier, car ce n’est pas une activité avec un cursus ou une formation définie. Ce sont plutôt des autodidactes qui font ce métier, on n’est pas beaucoup à en vivre pleinement, c’est compliqué, mais quand on aime ça…

Cette passion pour la photographie et les animaux, est-ce que c’est aussi pour transmettre ?

C’est un peu égoïste mais en premier lieu tous les sujets que j’ai pu traiter ou que je traite sont pour moi, car ils me plaisaient. Ensuite indirectement il se trouve que ce sont des sujets qui ne sont pas souvent mis en avant et qui plaisent aux magazines, aux publics.
J’ai la chance d’être complètement libre dans le choix de mes sujets. Je ne suis jamais allé dans une direction ou un pays pour une commande. Je suis ma passion.
Mais j’aime la transmission je suis guide accompagnant pour des agences de voyages spécialisés, j’ai accompagné des groupes au Chili, dans la péninsule du Katchamka et nouvellement pour le croisiériste PONANT, cet été je vais donc partager avec les clients mes connaissances de l’Arctique et Antarctique l’hiver prochain.

Comment se passe la préparation de ces voyages d’expédition?

Je suis guidé tout d’abord par l’espèce animale que je veux photographier, par exemple pour mon dernier voyage, j’étais intéressé par le Puma.
J’ai donc étudié les pays où l’on était susceptible d’en voir, ce qui m’a orienté vers le Chili parce-que je connaissais des personnes qui s’y étaient rendues pour photographier les paysages, j’ai donc pris des contacts avec une collègue qui s’y était rendue et qui m’a orienté vers un guide local naturaliste avec qui j’ai préparé le voyage en amont, car cela nécessite une certaine logistique de passer 3 semaines sur place en plein hiver, la plupart du temps en bivouac avec de longues marches et du matériel photo assez lourd.

Lorsque l’on voit vos photos on se demande le temps pris pour saisir l’instant, comment se passe une prise de vues ?

La photo demande d’être très réactif, car l’action peut durer quelques secondes seulement, alors que vous avez pu patienter peut-être pendant 7 heures.
Il faut savoir être patient.
Souvent j’ai des idées d’images, de composition de scène, de comportement de l’animal dans son environnement, ces idées font que lorsque l’instant se présente comme je l’ai rêvé, je saisis ce moment.
Et lorsque je suis accompagné d’un guide je parle au préalable avec lui du contexte et/ou de la manière dont je souhaite que la photo soit prise.
En résumé, je construis une image en tête et je me mets en condition pour prendre la photo, en étudiant au préalable la météo, le placement, la lumière. Et quelques fois ce sont des opportunités.
Ensuite il faut être patient, se faire oublier de l’animal être discret, silencieux et au moment opportun, déclencher l’appareil.

Avez-vous déjà été en danger lors d’une prise de vues avec un animal ?

Jusqu’à maintenant non, je n’ai jamais été en danger. Parce-que je respecte l’animal, je ne le brusque jamais, je ne lui barre jamais la route et accepte qu’il passe son chemin, sans jamais le retenir pour avoir une photo.
Lors de mon voyage en Chili un Puma s’est approché tout près de moi pour renifler mon sac, dans ce genre cas il faut avec conviction lui dire stop, d’un geste, être dominant.
Si vous fuyez il vous poursuivra et forcément vous ne ferez pas le poids
Pour l’ours on se met en retrait, on le laisse passer, mais pour une telle proximité, il y a des précautions à prendre c’est lui qui vous accepte ou pas.
En général l’animal fuit l’homme, il est distant et curieux, si l’animal ne fuit pas c’est que soit, il est avec ses petits, soit il est en train de manger. Dans les deux cas il ne faut surtout pas s’approcher car il peut avoir un comportement de défense, il faut donc se prémunir et ne pas surprendre l’animal.
Je ne cherche pas la proximité avec l’animal, je le respecte dans son environnement, j’ai donc rarement des face-à-face.

Quels rapports entretenez-vous avec la nature ?

J’ai un respect total pour la nature et pour l’animal, je n’irai jamais déranger un animal pour une photo. De même lors d’une prise de vues, je fais attention où je mets les pieds pour avoir un impact minimum sur mon environnement.

Il y a toujours un impact par notre présence simple, mais l’idée c’est de ne pas déranger, même si c’est contradictoire car lorsque l’on va dans une contrée lointaine et inaccessible on utilise des moyens de transport qui peuvent polluer, ce n’est pas simple. Mais en même temps si on n’y va pas on ne peut pas informer, partager et donc sensibiliser.

Lorsque je peux j’utilise les moyens les plus écologiques possible, cet été après le voyage PONANT, je vais aller en Arctique voir les Ours, mais j’y vais en voilier, pas d’impact on utilise la voile on fait du cabotage, pas de moteur mais on va moins loin que les bateaux à moteurs.

Je fais beaucoup d’exposition et de conférence auprès d’enfants notamment on voit leur réceptivité, leur intérêt sur ce que j’ai vécu, ils prennent conscience de la fragilité de notre environnement en voyant ses animaux et paysages du bout du monde.
Et personnellement ces expériences m’ont encore plus sensibilisé sur notre environnement au quotidien, je ne me mets pas de contrainte, mais chaque geste que je fais me donne à réfléchir sur l’impact que je pourrais avoir sur la nature.
Je constate aussi ce changement sur les touristes que j’encadre dans mes expéditions, ils ne sont plus les mêmes à leur retour.

On peut donc vous suivre dans l’une de vos expéditions ?

Oui tout à fait, j’aime partir seul mais j’aime aussi partager mon expérience, informer sur ce que l’on peut faire et ne pas faire sur le terrain, conseiller sur les prises de vues.
Il y a des règles à respecter et ne pas se mettre en danger vis-à-vis de l’animal.
Cela me plaît énormément, des séjours sont programmés pour 2019, l’Arctique avec le croisiériste français PONANT, la péninsule du KATMANCHAKA et l’Antarctique cet hiver.

Votre coin de la terre préférée ?

J’hésite ! je garde un très très bon souvenir de l’Alaska et du Chili l’hiver, c’est juste magique, entre les deux mon cœur balance.

Le pays qui vous a laissé sans voix et/ou le plus touché ?

L’Alaska, pour ces étendues, sa nature, les ours bruns, ses baleines, ses orques, lynx, aigles.

Y a-t-il un pays où vous rêveriez d’aller et pourquoi ?

J’aimerais aller en Géorgie du Sud situé entre l’argentine et la péninsule Antarctique. Parce-que c’est une île avec une faune et une flore très importante et un territoire montagneux intéressant.

Quelle est pour vous votre plus belle photo ?

C’est assez difficile de choisir, mais je dirai que les photos que j’ai faite en Arctique. La première sur les loups blancs, m’a saisi car j’étais partie quatre semaines avec ma sœur en autonomie, on a parcouru 400 km en ski sur plusieurs jours, sans voir âme qui vive et d’un coup on est tombé sur des loups blancs, s’était magique.
La deuxième, qui m’a le plus marqué, c’est celle faites des bœufs musqués sur l’ile Banks dans l’arctique canadien tout simplement parce-que que j’avais rêvé de la photo avant de partir. Et lorsque je suis arrivée sur le site et que j’ai vu les bœufs musqués arrivés, s’était facile, le cadrage, la lumière était en tête, j’avais tout, et cela ça marque forcément.

Quel conseil pour prendre la meilleure photo en voyage ?

Le premier conseil c’est la patience, accepté d’attendre pour avoir des compositions originales. Ne pas chercher à centrer l’animal sur son écran, mais savoir décentrer pour ne pas étouffer la photo.
Savoir décrocher l’œil de son viseur pour vraiment se souvenir de ce que l’on a vu, car lorsque l’on prend des photos en rafale, on ne se souvient plus de ce qui s’est passé avant et après. Je dis donc souvent à mes clients de poser de temps en temps l’appareil et de profiter du moment et observer ce qui se passe.

Vous encadrez quel type de clientèle des amateurs ou des pros de la photo ?

Les clients ne viennent pas forcément pour la photo. Certains sont bien équipés, d’autres un peu plus basiquement, mais ils arrivent tous à chaque fois avec l’envie de découvrir un environnement, car on va toujours là où la faune est Vierge et bien présente, donc on profite, on fait des rencontres très sympa, il n’y a pas que photographes.
Lors de mon dernier séjour au Chili sur six personnes, trois n’avait pas d’appareil photo, uniquement que des jumelles, parce-que ce sont des gens qui aiment profiter de la nature, leurs photos sont dans la tête.
Ce n’est pas gênant pour eux car ce que je fais très souvent c’est que j’envoie les photos que j’ai prise pendant leur voyage, ça fait partie du partage.

Un dernier mot pour la fin ?

Faites-vous plaisir quel que soit votre lieu d’évasion, ne vous limitez pas et venez nous voir

Copyright et crédits photos : Jean-Marie Séveno

Les expositions du mois

Vous avez l’occasion de retrouver Jean-Marie Séveno sur 2 expositions

Félins des montagnes
Galerie Improbable Jardin 
26, Avenue Foch – 56100 Lorient

08 mars  – 20 avril 2019

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Itinérance Arctique
Médiathèque de Baden
4, Chemin du Vrancial 56870 Baden

05 mars – 30 mars 2019

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